Contexte général

Le Burundi reste l’un des pays les plus pauvres au monde, avec un PIB par habitant extrêmement bas et une dépendance marquée à l’agriculture de subsistance. Selon la World Bank, la croissance attendue en 2025 est de l’ordre de 4,6 %, mais avec de sérieux impondérables. IMF+3World Bank+3African Development Bank+3 La dette publique monte, bien que jugée « souten­able » pour l’heure, mais sous « haut risque de détresse » selon la International Monetary Fund (IMF). IMF+1

Les points positifs

  1. Efforts de réforme macroéconomique :
    • La Banque centrale, Banque de la République du Burundi (BRB), affiche la volonté de ramener l’inflation à un seuil inférieur à 8 % (objectif EAC) et d’établir un cadre réglementaire pour le marché du change. ABP Info+1
    • Le budget national pour 2024/25 a été augmenté (+15 -16 %) pour relancer les investissements publics et les salaires, ce qui pourrait stimuler la demande interne. The Eastleigh Voice News+2mint+2
    • Le pays bénéficie d’un plan d’investissement public et d’infrastructures qui pourraient poser les bases d’une amélioration du climat d’affaires (routes, électricité, etc.). burunditimes.com+1
  2. Potentiel d’export et de diversification :
    Bien que peu exploité, le potentiel agricole du Burundi (y compris pour des cultures à valeur ajoutée) et les ressources minières constituent des leviers que l’on pourrait mobiliser. L’AFDB note que la croissance tirée par l’industrie et les services reste modeste mais présente une base. African Development Bank+1

Les défis majeurs

  1. Inflation hors contrôle :
    L’inflation a rebondi fortement après une période de modération : elle a atteint environ 39 % au début de 2025 sur la base des deux premiers mois. IMF+1 Le journal local indique 40,9 % en mars 2025. burunditimes.com Cette inflation élevée ronge le pouvoir d’achat, en particulier des ménages vulnérables.
  2. Réserves de change extrêmement faibles et taux de change multiple :
    Les réserves couvrent seulement 1 à 1,5 mois d’importations. ABP Info+2IMF+2 Le régime de taux de change dual (officiel et parallèle) crée de fortes distorsions et une prime de change élevée. L’IMF juge que l’unification du taux de change est « critique ». burunditimes.com+1
  3. Croissance trop faible, montée de la pauvreté :
    Bien que le PIB ait légèrement progressé (3,5 % en 2024 selon l’IMF) IMF, cette croissance reste insuffisante pour absorber l’augmentation de la population et réduire structurellement la pauvreté. Selon la World Bank, la croissance de la consommation par habitant ne serait que de 0,8 % en moyenne sur 2025-27. World Bank
  4. Dépendance à l’agriculture et faible diversification :
    Environ 80 % de la population est liée au secteur agricole. The Eastleigh Voice News+1 Le manque de diversification rend le pays vulnérable aux chocs climatiques, aux variations des prix de matières premières, et à des chaînes de valeur peu développées.
  5. Financement public expansionniste et endettement :
    L’accroissement rapide des dépenses publiques, notamment via le recours à l’emprunt domestique et au financement monétaire (monétisation du déficit) constitue un facteur inflationniste. IMF+1 Le budget 2025-26 promet 4 821 milliards BIF de recettes contre 4 211 milliards pour 2024-25, avec un déficit prévu de 436,8 milliards BIF. Iwacu Burundi
  6. Climat des affaires difficile & contraintes structurelles :
    Les enjeux de gouvernance, la faiblesse des institutions, l’accès limité à l’électricité et les coupures d’énergie freinent l’attraction des investissements. AP News+1

Analyse critique

L’économie burundaise se trouve piégée dans un cercle vicieux : une inflation élevée qui réduit le pouvoir d’achat, des réserves de change faibles qui limitent les importations de matériel et intrants, une croissance modeste qui peine à créer des emplois, et un effort budgétaire qui, bien que visible, peut de fait alimenter des déséquilibres si mal calibré.

La hausse du budget 2024/25 est un signe de volonté de relance, mais sans contreparties fortes en matière de réforme, le risque est que ces dépenses nourrissent l’inflation ou ne génèrent pas le rendement attendu. Le fait que deux-tiers de la dette soit domestique et détenue par la banque centrale (BRB) expose à une forme de « monétisation de la dette », ce que l’IMF identifie comme un facteur de persistance de l’inflation. IMF+1

La dépendance à l’agriculture et à quelques exportations de base rend la structure économique très vulnérable. Sans diversification réelle, des avancées peuvent être fragiles. L’unification des taux de change est un impératif : tant que le taux officiel et le taux parallèle coexisteront avec un large écart, les distorsions persisteront. L’IMF insiste que « contrôler l’inflation doit être la priorité des autorités ». burunditimes.com

Propositions de solutions

Pour sortir de l’impasse, le Burundi devrait envisager un plan d’action en plusieurs volets :

  1. Renforcer la politique monétaire et le cadre du change
    • Mettre en place rapidement un plan crédible d’unification du taux de change et de libéralisation progressive.
    • Réduire la monétisation du déficit : stop au financement direct par la BRB ou limitation stricte.
    • Augmenter le taux directeur pour enrayer la croissance excessive de la masse monétaire.
    • Renforcer les réserves de change via des exportations, l’aide publique au développement (APD), et des investissements entrants.
  2. Réforme budgétaire et amélioration de la qualité des dépenses
    • Passer d’un budget axé sur l’augmentation des salaires et dépenses à un budget axé sur la productivité, les infrastructures stratégiques (électricité, transport) et les investissements privés.
    • Mettre en œuvre un suivi de performances des investissements publics (cadre budget-programme déjà évoqué) et éliminer les gaspillages. burunditimes.com+1
    • Améliorer la mobilisation des recettes fiscales via la digitalisation, lutte contre la fraude et élargissement de la base fiscale. Des mesures sont déjà en cours (facturation électronique) mais doivent être renforcées. African Security Analysis
  3. Diversification économique et développement du secteur privé
    • Encourager l’industrialisation liée à l’agriculture (transformation), et l’exportation de produits à plus haute valeur ajoutée.
    • Développer les zones minières en transparence et valoriser l’accès à des capitaux étrangers avec des garanties claires.
    • Améliorer le climat des affaires (accès à l’énergie fiable, infrastructures, sécurité juridique) pour attirer les investissements privés domestiques et internationaux.
  4. Protection sociale et stabilisation pour les ménages
    • Compte tenu de l’inflation élevée qui pèse sur les ménages, renforcer les filets sociaux de façon ciblée (subventions temporaires, aides alimentaires, programmes de micro-financement) afin de préserver la consommation des plus vulnérables.
    • Concevoir un plan de réduction de la pauvreté lié aux gains de productivité et non uniquement à la croissance macroéconomique.
  5. Suivi, transparence et gouvernance
    • Mettre en place un mécanisme indépendant de suivi des engagements de réforme macroéconomique (IMF, World Bank) et rendre public les indicateurs clés.
    • Améliorer la gouvernance dans les secteurs clés (mines, foncier, investissement) pour réduire les fuites de ressources et augmenter la confiance des investisseurs.

Prévisions à moyen terme (2025-2030)

Risques et scénarios négatifs


Conclusion

Le Burundi est à un tournant. Le pays dispose de mécanismes de relance et affiche des ambitions visibles, mais les défis macroéconomiques et structurels sont considérables. Sans une coordination stricte entre politique monétaire, gestion budgétaire, réforme du change et diversification économique, le risque est de retomber dans un schéma de « croissance molle » conjuguée à « inflation élevée ». Pour qu’il devienne réellement un « pays émergent d’ici 2040 » comme l’ambition présidentielle l’indique il faut que la trajectoire économique change dès maintenant.

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