
Un rendez-vous numérique stratégique pour l’Afrique centrale
Du 16 au 21 février 2026, la ville de Bujumbura accueille l’édition régionale 2025 du Forum sur la Gouvernance de l’Internet en Afrique centrale, un événement majeur réunissant gouvernements, entreprises technologiques, régulateurs, organisations internationales, chercheurs et société civile autour des enjeux du numérique.
Placée sous le thème « Le numérique : catalyseur d’innovation, d’inclusion et de résilience en Afrique centrale », cette rencontre vise à promouvoir la coopération régionale et à accélérer la transformation digitale dans les pays membres de la sous-région.
Au-delà de la dimension technique, ce forum représente également un positionnement stratégique pour le Burundi dans l’économie numérique mondiale.
Historique du Forum sur la Gouvernance de l’Internet (FGI)
Le Forum sur la Gouvernance de l’Internet (IGF) est une initiative des Nations Unies créée en 2006 à la suite du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI). Il constitue une plateforme multipartite de dialogue sur les politiques publiques liées à Internet, réunissant États, secteur privé, société civile et communauté technique.
Contrairement à une organisation réglementaire, le forum ne produit pas de décisions contraignantes mais influence les orientations politiques et stratégiques à travers le dialogue et le partage de bonnes pratiques.
Depuis sa création, le FGI mondial a organisé plus de vingt réunions internationales et a inspiré plus de 180 initiatives nationales et régionales à travers le monde. En 2025, l’Assemblée générale des Nations Unies a même confirmé son statut permanent, soulignant son importance croissante dans la gouvernance numérique mondiale.
Dans la région Afrique centrale, l’initiative existe depuis 2009 et vise principalement à analyser les défis numériques, mesurer les progrès en matière de connectivité et promouvoir Internet comme moteur de développement économique.
Analyse stratégique : pourquoi ce forum est important
L’organisation d’un forum de gouvernance numérique dépasse largement la dimension technologique. Elle s’inscrit dans plusieurs enjeux structurants :
1. La souveraineté numérique
Les discussions portent notamment sur les infrastructures Internet, la cybersécurité, la gouvernance des données et la régulation des plateformes numériques, des sujets devenus stratégiques pour les États.
2. Le développement économique
Internet constitue aujourd’hui un levier direct de croissance économique, d’innovation entrepreneuriale et de création d’emplois, particulièrement dans les économies émergentes.
3. L’inclusion sociale
La réduction de la fracture numérique reste un défi majeur en Afrique centrale, où l’accès à Internet demeure encore limité dans plusieurs zones rurales.
4. La coopération régionale
Le forum permet de coordonner les politiques publiques entre pays voisins, notamment sur la régulation des télécommunications, le commerce électronique et la cybersécurité.
Les opportunités pour le Burundi
Le fait que le Burundi accueille cet événement représente plusieurs opportunités stratégiques :
Positionnement international
Accueillir un forum régional renforce la crédibilité diplomatique et technologique du pays, en le plaçant comme acteur engagé dans la transformation numérique africaine.
Attraction des investissements
Les rencontres entre décideurs publics, bailleurs et entreprises technologiques peuvent favoriser des partenariats, des financements et des projets d’infrastructures numériques.
Développement de l’écosystème local
Startups, développeurs, universités et entrepreneurs burundais peuvent bénéficier d’un transfert de connaissances, de formations et de nouvelles collaborations.
Modernisation de l’État
Les discussions sur la gouvernance numérique peuvent accélérer les politiques publiques liées à l’administration électronique, à la digitalisation des services publics et à l’innovation gouvernementale.
Opportunités économiques indirectes
L’événement génère également des retombées économiques pour l’hôtellerie, le tourisme d’affaires et les services locaux.
Les critiques et limites du forum
Malgré son importance, le Forum sur la Gouvernance de l’Internet fait l’objet de plusieurs critiques :
Absence de pouvoir décisionnel
Le forum étant un espace de dialogue sans mécanisme contraignant, certaines recommandations restent sans application concrète.
Écart entre discours et réalité
Dans plusieurs pays africains, les engagements sur la liberté numérique ou l’inclusion Internet ne se traduisent pas toujours par des politiques efficaces sur le terrain.
Participation inégale
Les acteurs du secteur privé et les grandes entreprises technologiques internationales dominent souvent les discussions, ce qui peut réduire l’influence des pays en développement.
Défis internes au Burundi
Pour le Burundi, les défis restent importants : coût d’accès à Internet, infrastructures limitées, compétences numériques insuffisantes et financement technologique encore faible.
Recommandations stratégiques pour maximiser l’impact
Pour que l’accueil du forum produise un impact réel, plusieurs actions sont recommandées :
1. Élaborer une stratégie numérique nationale claire
Une vision coordonnée entre gouvernement, secteur privé et universités est essentielle.
2. Investir dans les infrastructures
L’accès à Internet haut débit abordable est la condition principale du développement numérique.
3. Encourager l’entrepreneuriat technologique
Incubateurs, financements startups et programmes d’innovation doivent être renforcés.
4. Former les compétences numériques
L’éducation technologique doit devenir une priorité nationale, notamment dans les universités et centres techniques.
5. Créer un cadre réglementaire attractif
Un environnement juridique stable peut attirer investisseurs et entreprises technologiques internationales.
Conclusion : une opportunité historique à saisir
L’accueil du Forum sur la Gouvernance de l’Internet en Afrique centrale constitue une opportunité stratégique majeure pour le Burundi.
Cependant, l’impact réel dépendra de la capacité du pays à transformer cette visibilité internationale en politiques concrètes, investissements durables et innovation locale.
Le numérique n’est plus un secteur secondaire : il est devenu un pilier de souveraineté, de croissance économique et de puissance nationale.










